Un Nigérien expulsé par Israël bloqué à l’aéroport d’Addis depuis plusieurs mois

Un ressortissant nigérien expulsé d’Israël est bloqué à l’aéroport international de Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie, depuis novembre, après que son pays d’origine ait refusé de le reprendre. « Je suis resté ici à l’aéroport dans de très mauvaises conditions car il n’y a rien, rien du tout », a déclaré à la BBC Eissa Muhamad, âgée de 24 ans.

La série de malheurs de M. Muhamad a débuté en avril dernier lorsqu’il a été arrêté pour séjour illégal en Israël. Il vivait dans cet État du Moyen-Orient depuis 2011, après avoir quitté la région de Tilaberi, dans le nord-ouest du Niger, à l’âge de 16 ans, à la recherche d’une vie meilleure. Il a déclaré avoir payé des trafiquants pour l’emmener à travers la Libye et l’Egypte avant son entrée en Israël à pied.

Une fois à Tel Aviv, M. Muhamad a survécu en effectuant de petits travaux dans des auberges de jeunesse et dans une fabrique de produits sucrés jusqu’en avril 2018, lorsqu’il a été arrêté pour séjour en Israël sans documents appropriés.

Après plusieurs mois de détention, Israël lui a délivré un document de voyage d’urgence et l’a mis dans un avion d’Ethiopian Airlines, via Addis-Abeba, à destination du Niger en novembre. Mais à son arrivée à Niamey, la capitale du Niger, les autorités nigériennes lui ont refusé l’entrée, affirmant que son document de voyage était faux. « Ils ne voulaient pas de moi au Niger. Ils ne m’ont pas accepté », a déclaré M. Muhamad.

Après plus d’une semaine de détention au Niger, il a été renvoyé en Israël. Mais Israël a refusé de l’accepter et l’a détenu à nouveau pendant plusieurs semaines. « Ils m’ont attaché les mains et les jambes et m’ont obligé à prendre un avion pour le Niger, qui a de nouveau refusé de m’accepter », a déclaré le jeune homme.

Ensuite, le document de voyage délivré par Israël a expiré après avoir été bloqué en transit à l’aéroport international de Bole à Addis-Abeba, le Niger ayant refusé de l’accepter pour la deuxième fois. C’était à la fin du mois de novembre et il y est bloqué depuis.

La BBC a tenté à plusieurs reprises de contacter le ministère des Affaires étrangères du Niger et son ambassade en Éthiopie sans succès pour demander pourquoi leurs autorités estimaient que le document était faux.

M. Muhamad passe maintenant sa journée à errer dans les couloirs de la zone des départs, vivant des distributions de nourriture fournies par les personnes dans les salons de l’aéroport. « Parfois, les compagnies aériennes me donnent à manger. C’est la même chose tous les jours, mais je leur suis reconnaissant », a-t-il déclaré.

Quand le reporter de la BBC l’a rencontré, il était en train de prendre son petit déjeuner dans un salon d’Ethiopian Airlines. Ses employés lui donnent à manger depuis qu’il est bloqué ici. Il emmené le journaliste dans la salle de prière musulmane et lui a montré un petit coin où ses sacs et un petit châle étaient étendus.

« C’est là que je dors la plupart des nuits. Si c’est trop plein, je trouve un des sièges à l’extérieur, dis une prière et tente de dormir », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il n’avait plus accès à la douche depuis plusieurs mois. « Je ne peux pas rester ici. Je veux envoyer un message à [n’importe qui] pour m’aider parce que je veux partir d’ici », écrit-il sur twitter. « Je ne peux pas rester à l’aéroport parce que l’aéroport n’est pas chez moi », poursuit-il.

Le département de l’immigration israélien s’est défendu, affirmant dans une déclaration à la BBC que M. Muhamad avait été expulsé parce qu’il se trouvait illégalement dans le pays.

« C’est un citoyen du Niger. Cela n’a rien à voir avec nous parce qu’il a été expulsé d’ici et lorsqu’il est arrivé au Niger, il a refusé de coopérer avec les autorités. Comment est-ce qu’Israël est impliqué ? Il n’est pas Israélien », dit-on.

Muhamad nie les allégations selon lesquelles le document de voyage d’urgence était faux. « Le laissez-passer est un document de transit pour les étrangers. Il a été conçu légalement précisément pour de tels cas » », précise le communiqué. M. Muhamad affirme qu’il avait coopéré avec toutes les autorités – du Niger, d’Israël et d’Ethiopie – tout au long de son épreuve.

M. Muhamad ne veut pas rester en Ethiopie et dit qu’il préférerait rentrer chez lui au Niger ou reprendre sa vie en Israël.

Jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée, il continuera à errer dans l’aéroport de Bole comme un fantôme. (Source BBC, photo : Faariz Adam/twitter)

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