Terrorisme à Bamako : les navigants Air France visés ?

A en croire le quotidien anglais The Telegraph, les terroristes ayant pris d’assaut l’hôtel Radisson Blu à Bamako le 20 novembre 2015 visaient les douze membres d’équipage de la compagnie nationale française, dont deux pilotes et dix hôtesses de l’air et stewards. Le journal se fonde sur les témoignages d’employés de l’hôtel, selon qui un garde aurait donné une fausse information aux terroristes sur l’endroit où se trouvait l’équipage d’Air France – avant d’être abattu pour ce mensonge. La compagnie avait très tôt confirmé que ses salariés étaient en sécurité (puis leur rapatriement en France par avion spécial), et n’a pas commenté cette nouvelle information ; la présence militaire de la France au Mali depuis 2013 rend la rumeur plausible, même si les autorités maliennes disent toujours étudier plusieurs pistes. Plus de vingt personnes ont été tués dans l’attaque, dont six des 12 employés de la compagnie russe Volga-Dnepr Airlines.

Les syndicats de PNC de la compagnie de l’alliance SkyTeam ont interpellé hier le gouvernement sur les mesures de sécurité entourant les équipages en escale, parlant de « dispositif défaillant ». SNPNC/FO, UNAC et UNSA/SMAF demandent à l’état de « jouer son rôle régalien en imposant à Air France de prendre les mesures de sûreté et de sécurité indispensables à la protection de ses personnels », la lettre ouverte au président François Hollande affirmant que sa politique de lutte contre le terrorisme « au niveau du pays laisse de côté la population des personnels navigants particulièrement exposée dans des pays reconnus comme dangereux par le Ministère des affaires étrangères ». Rappelant qu’Air France est « un acteur quotidien du rayonnement et de la présence de la France dans le monde, notamment dans des zones dites sensibles », ce qui fait de ses PNC une « cible privilégiée », l’intersyndicale accuse la compagnie de ne pas avoir mis en place « les ressources nécessaires pour assurer le niveau de sûreté et de sécurité » notamment lorsque le personnel navigant séjourne « dans des escales réputées sensibles ». Les trois syndicats rejoignent donc la CGT qui appelait à une « renationalisation » de la sécurité des aéroports : « la charge financière de la sûreté et de la protection des personnels doit nécessairement être assurée par l’Etat, afin d’éviter qu’elle ne puisse être un coût pilotable pour les compagnies françaises ». Ils demandent qu’un groupe de travail composé des organisations syndicales représentatives des personnels navigants d’Air France, de la Direction et des représentants des Ministères concernés se réunisse dans l’urgence, avec d’ici là la « mise en place d’une protection physique et continue du personnel navigant lorsqu’il se trouve en escale ».

Côté réseau, Air France et Aigle Azur ont repris les vols entre Paris et Bamako, la première avec une escale au retour afin que les équipages ne dorment pas au Mali et la seconde après la mise en place de « mesures de sécurité renforcées en accord avec les autorités compétentes ». L’UNAC précise sur son site que depuis samedi dernier « les découchers sont suspendus » non seulement dans la capitale malienne, mais également à Ouagadougou, Niamey, Ndjamena et Tunis. Le syndicat recommande à ses membres « une extrême prudence sur le contenu de vos publications sur les réseaux sociaux. Il est extrêmement facile pour une personne mal intentionnée de pénétrer ces réseaux. En cas de problème de Sûreté et de Sécurité, il est primordial de ne rien communiquer, cela peut donner trop d’informations et vous mettre en danger ». (Air Journal, photo: AF)

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