Reprise du trafic aérien et « Safety », le même combat

L’avion est le moyen de transport le plus sûr au monde, résultat de décennies d’avancées technologiques, de compréhension des facteurs humains et de mise en place d’une gestion des risques permanente. La reprise progressive du trafic aérien mondial, tant attendue, représente à elle seule un événement d’envergure historique par son ampleur, avec le retour en service de plus de 14 000 appareils au cours des six prochains mois. Mais cette reprise représente aussi un très sérieux défi pour la « Safety », une menace qui a d’ailleurs été formellement identifiée par l’OACI il y a quelques jours.

Sans vouloir présumer du travail des enquêteurs sur l’accident de l’appareil de Pakistan International Airlines (PIA) à Karachi, et à la vue des indices criants et concordants qui sont apparues quelques heures plus tard, comment ne pas aussi penser au contexte dans lequel le drame s’est produit, c’est-à-dire moins d’une semaine après la reprise d’une petite partie des vols intérieurs du pays ?

Les pilotes sont évidemment en première ligne, devant reconstituer leur expérience récente. Les moins expérimentés d’entre eux vont devoir redoubler d’efforts pour revenir au niveau et les simulateurs vont bientôt tourner à plein régime un peu partout sur la planète. Mais la fragilisation des opérateurs après l’immobilisation de leur flotte durant des semaines est aussi un élément important à prendre en compte pour la sécurité des vols. Le passé à tristement montré à bien des égards que les difficultés économiques pouvaient peser fortement sur les impératifs de sécurité, au mieux par de simples approximations opérationnelles, au pire par de graves manquements liés à des raisons comptables, par exemple en rognant sur certaines dépenses de maintenance.

Par ailleurs, de nombreuses compagnies aériennes se sont d’ores et déjà lancées dans des plans de réduction d’effectifs, certains massifs, pour alléger leurs coûts structurels en attendant que leur activité revienne à un niveau proche de celui d’avant crise. Mais ces restructurations présentent aussi un risque non négligeable au niveau de l’organisation de la sécurité des vols en interne, tout comme sur les procédures mises en place.

On l’aura compris, la restauration progressive des opérations devra être accompagnée d’un renforcement rigoureux des mesures existantes pour assurer la sécurité des passagers et des personnels pour tout l’écosystème du transport aérien, de la formation des équipages aux opérations de maintenance en ligne, à l’assistance au sol, à la navigation aérienne…

Car après l’immobilisation massive d’une grande partie de flotte mondiale, la reprise des vols crée assurément aussi une nouvelle situation exceptionnelle. Et si toutes les régions du monde ne sont pas logées à la même enseigne au regard des potentiels risques, le réflexe « Safety » devra être l’impératif de tous, partout, et plus que jamais. (Journal de l’Aviation)

 

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