La Russie rend son rapport sur l’accident du Tu-154 présidentiel à Smolensk

Le rapport conclut que la cause principale de l’accident est la décision des pilotes de ne pas se dérouter vers un aéroport plus sûr que celui de Smolensk, alors baigné d’un épais brouillard. La décision de poursuivre l’approche a été prise sous grande pression psychologique : le cockpit n’était pas stérile – le Commandant en Chef de l’Armée de l’Air polonaise, le Général Andrzej Blasik, était présent et avait 0,06% d’alcool dans le sang, un taux suffisant pour altérer son raisonnement selon les enquêteurs – et l’équipage appréhendait la réaction du Président s’il n’atterrissait pas à l’aéroport prévu.

Lech Kaczynski et de nombreuses personnalités – plusieurs officiers de l’armée polonaise, plusieurs membres du gouvernement et du Parlement, le président de la banque nationale de Pologne et des membres du clergé – avaient décollé de Varsovie pour se rendre aux commémorations marquant le 70e anniversaire du massacre de Katyn. Ils ont embarqué dans le Tupolev 154M de l’armée de l’Air portant le numéro de série 101 et devaient atterrir à l’aéroport de Smolensk Severny.

Les conditions météorologiques régnant au moment de l’atterrissage étaient très inférieures au minimum requis par l’aéroport et par l’appareil. Le contrôle aérien de Smolensk a donc refusé de donner la clairance pour l’atterrissage mais, à la demande de l’équipage du Tu-154M, a autorisé une tentative d’approche jusqu’à 100m d’altitude, en demandant aux pilotes de se préparer à remettre les gaz.

A 5 100m du seuil de la piste 26, l’alarme TAWS Terrain Ahead s’est déclenchée. L’altimètre du pilote aux commandes (le commandant de bord), initialement calé sur l’altitude du terrain, a alors été modifié, sans doute pour l’inhiber. L’altitude indiquée était ainsi majorée de 165m. Autre faute de l’équipage, des annonces radiosondes étaient effectuées tous les 10m, une procédure proscrite lors des approches.

A 2 400m du seuil, l’appareil est passé au-dessous des 100m d’altitude autorisés par le contrôle aérien. L’alarme TAWS Pull Up s’est à nouveau déclenchée et a été ignorée par l’équipage. A seulement une dizaine de mètres d’altitude, l’appareil a heurté la cime des arbres et s’est écrasé, ne laissant aucun survivant parmi ses 96 occupants.

Le rapport pointe également le manque de préparation de l’équipage. Le pilote aux commandes avait notamment passé cinq mois sans entraînement à l’atterrissage par conditions météorologiques dégradées sur Tu-154M.

Le gouvernement polonais n’a pas encore officiellement réagi aux conclusions du rapport. Après en avoir reçu une version préliminaire le mois dernier, Donald Tusk, le Premier ministre polonais, avait toutefois déclaré que certains extraits étaient inacceptables.

Jaroslaw Kaczynski, le frère jumeau de l’ancien Président, n’a en revanche pas manqué de critiquer les conclusions de l’enquête. Il estime que la pression psychologique exercée par Andrzej Blasik n’avait pas été prouvée par les enregistreurs de vol et que son taux d’alcoolémie était trop faible pour avoir contribué à l’accident. Il regrette surtout que l’enquête attribue l’entière responsabilité de l’accident aux Polonais et aucune aux Russes, notamment aux contrôleurs de la base de Smolensk. (aerocontact, photo : Interstate Aviation Committee MAK)

 

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