La France et l’Allemagne partent en guerre contre les compagnies du Golfe

A la demande d’Alain Vidalies, Secrétaire d’État chargé des Transports et de son homologue allemand Alexander Dobrindt, « le Conseil des Ministres européens des transports, tenu à Bruxelles ce vendredi 13 mars 2015, a examiné les moyens de restaurer une concurrence loyale avec les compagnies aériennes du Golfe ». Cette nouvelle montée au créneau de deux ministres des transports européens qui sent le lobbying à plein nez, apparaît dépassée. Les ministres estiment, en effet, que si les compagnies aériennes européennes perdent des parts de marchés face à ces concurrentes, c’est « en raison de leurs pratiques concurrentielles déloyales, notamment du fait des subventions et garanties publiques importantes dont elles bénéficient ».

Emirates, la première visée, a semble-t-il vu venir l’attaque. Deux jours plutôt, la compagnie des Emirats Arabes Unis a diffusé un long communiqué de presse dans lequel elle détaille le poids qu’elle pèse sur l’économie française. Elle affirme acheter chaque année pour 437 millions d’euros de biens et services français. Elle revendique 6.870 emplois soutenus en France grâce à ses opérations et 14.500 emplois par les commandes d’Airbus A380. « Environ 450 personnels navigants commerciaux ou pilotes de nationalité française travaillent aujourd’hui à bord de nos avions ». Les présidents des chambres de commerce de Lyon et de Nice qui réclament plus de créneaux lui apportent leur soutien sans réserve.

Le gouvernement reste sourd aux demandes des régions et n’a d’oreille que pour la compagnie nationale. Avec son homologue allemand, le secrétaire d’Etat aux Transports a « notamment suggéré que l’extension des droits de trafic donnés aux compagnies aériennes étrangères en Europe soit assortie d’un véritable contrôle du mode de fonctionnement de ces compagnies  ». Cela va évidemment à l’encontre de ce que demandaient, pas plus tard que la veille, les aéroports régionaux français.

On imagine difficilement comment l’Europe peut dresser des barrières réglementaires pour freiner la montée en puissance d’Emirates, d’Ethiad et de Qatar Airways. Comment expliquer aux passagers européens qu’ils doivent renoncer à la qualité du service de bord et au confort des correspondances dans des aéroports conçus spécialement pour cette fonction ? Et que va faire Airbus de ses A380 si Emirates ne peut plus les faire voler ?

Pour protéger sa compagnie nationale, la France a tenté en d’autres temps de s’opposer au développement des transporteurs low cost. Elle n’a réussi qu’à affaiblir ses propres compagnies et ses aéroports. Ne vaudrait-il pas mieux aujourd’hui harmoniser la fiscalité intra-européenne et s’attaquer au dumping social qui faussent les règles de concurrence entre les états membres pour construire une Europe forte capable de faire jeu égal avec ses concurrents ? Après tout, une déclaration d’intention, comme une promesse électorale, ne coute rien et surtout est moins impliquante qu’une vraie réforme structurelle. (aerobuzz.fr, photo : Montage)

 

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