Feu vert de la FAA pour le Boeing 737 MAX : les familles de victimes d’Ethiopian Airlines expriment leur « déception »

616 jours après le dernier vol commercial d’un Boeing 737 MAX, la FAA a levé l’interdiction de vol des monocouloirs remotorisés impliqués dans deux accidents ayant fait 346 victimes chez les compagnies aériennes Lion Air puis Ethiopian Airlines. Les passagers ne sont cependant pas prêts de remonter à bord, surtout dans le reste du monde où les autres régulateurs restent prudents – deux points qui seront détaillés dans les articles suivants.

Comme attendu, l’Administration fédérale de l’aviation (FAA) a officialisé le 18 novembre 2020 la « levée de l’interdiction de vol des MAX 8 et MAX 9 » ordonnée le 13 mars 2019, après les accidents d’octobre 2018 en Indonésie et de mars 2019 en Ethiopie. Cette nouvelle certification du 737 MAX concerne en particulier la mise à jour du logiciel anti-décrochage MCAS, mis en cause dans les deux accidents. L’administrateur du régulateur américain Steve Dickson a plus précisément signé un ordre ouvrant la voie au retour du Boeing 737 MAX en service commercial, après « un processus complet et méthodique d’examen de la sécurité qui a duré 20 mois ». Outre l’annulation de l’interdiction de vol, la FAA a publié une nouvelle directive de navigabilité spécifiant les modifications de design « à effectuer avant la remise en service de l’aéronef » (ainsi qu’une CANIC, « notification de maintien de la navigabilité à la communauté internationale ») ; l’administration a en outre publié les exigences de formation pour les pilotes de 737 MAX.

Le tout implique l’installation d’un nouveau logiciel de contrôle de vol (FCC) sur tous les 737 MAX, la révision des manuels de vol (AFM) existants pour incorporer les procédures nouvelles et révisées de l’équipage, l’installation d’un nouveau logiciel de système d’affichage (MDS), la séparation des faisceaux de câbles de compensation du stabilisateur horizontal, la réalisation d’un test du système de sonde AOA, et la réalisation d’un vol de préparation opérationnelle. Rappelons que le volet sur la formation des pilotes aux nouveaux systèmes est l’objet de critiques de la part de nombreux syndicats, aux USA mais aussi en Grande Bretagne.

Ces actions « ne permettent pas au MAX de retourner immédiatement dans le ciel », souligne la FAA qui doit approuver les révisions du programme de formation des pilotes du 737 MAX pour chaque compagnie aérienne américaine exploitant le MAX. Le régulateur ajoute qu’il conservera son pouvoir de délivrer des certificats de navigabilité et d’exporter des certificats de navigabilité pour tous les nouveaux 737 MAX fabriqués depuis 20 mois. De plus, les compagnies aériennes qui ont immobilisés leurs MAX « doivent prendre les mesures de maintenance nécessaires pour les préparer à voler à nouveau ».

Steve Dickson a expliqué que les employés de la FAA ont travaillé « avec diligence pour identifier et résoudre les problèmes de sécurité qui ont joué un rôle dans la perte tragique de 346 vies à bord du vol Lion Air 610 et du vol 302 d’Ethiopian Airlines. Tout au long de notre processus transparent, nous avons coopéré étroitement avec nos homologues étrangers sur tous les aspects de la remise en service ». Il a « personnellement suivi la formation de pilote recommandée » et a piloté début octobre le 737 MAX 7 utilisé pendant la campagne de recertification, « afin de faire en personne l’expérience de la manipulation de l’avion » (il avait qualifié ce vol de « satisfaisant »).

L’administrateur s’est dit « confiant à 100% » dans la sécurité du monocouloir remotorisé (« Je peux vous dire que ma famille et votre famille seront en sécurité dans cet avion »), tout en insistant sur le fait que Boeing devrait en faire davantage pour améliorer ses procédures en matière de sécurité. Le 737 MAX est désormais « l’avion le plus scruté de l’histoire de l’aviation », a-t-il prévenu.

Quand leur immobilisation au sol a été ordonnée il y a 20 mois, 371 Boeing 737 MAX 8 et MAX 9 étaient en service dans le monde ; durant les dix mois suivants, quelques 450 autres monocouloirs remotorisés ont été assemblés, dont un quart seraient des « white tails » abandonnés par leurs clients. Fin octobre, le carnet de commandes de la famille (y compris les MAX 7 et MAX 10) avait diminué de 1043, dont 448 annulations de commandes, des conversions et les nouvelles règles comptables qui le forcent à supprimer les commandes « trop douteuses ». Boeing estime à environ 20 milliards de dollars le coût total de la crise du MAX, compensations aux clients et perte de revenus inclus – deux autres milliards devant sans doute être versés aux familles de victimes.

L’avionneur américain a réagi hier dans un long communiqué à la décision de la FAA, qui permettra d’une part aux compagnies aériennes « qui relèvent de la juridiction de l’autorité de réglementation américaine, notamment aux Etats-Unis » de prendre les mesures nécessaires pour assurer le retour en service des 737 MAX, et d’autre part lui permettra « d’entamer la livraison de nouveaux appareils ». « Nous n’oublierons jamais les vies perdues lors des deux accidents tragiques qui ont conduit à la décision de suspendre l’exploitation de ces avions », a déclaré David Calhoun, le Président et CEO arrivé en janvier dernier ; « ces événements et les enseignements que nous en avons tirés ont transformé notre Groupe et nous ont amenés à concentrer davantage encore notre attention sur nos valeurs fondamentales que sont la sécurité, la qualité et l’intégrité », a-t-il ajouté.

Boeing dit avoir depuis mars 2019 « travaillé en étroite collaboration avec les compagnies aériennes », leur fournissant en particulier des recommandations détaillées à propos du stockage à long terme des avions et « s’assurant que leurs contributions étaient prises en compte et intégrées au processus de retour en service en toute sécurité ». Il a ajouté aux instructions de la directive de la FAA « l’exécution minutieuse des opérations de déstockage pour garantir que les avions sont prêts à être remis en service commercial » par les compagnies américaines.

La directive de la FAA « représente un jalon important », a souligné de son côté Stan Deal, PDG de la division Boeing Aviation Commerciale (BCA). « Nous continuerons à travailler avec les autorités de réglementation du monde entier, ainsi qu’avec nos clients, pour assurer le retour en service de ces avions dans le monde entier ». Outre les modifications apportées au 737 MAX et à la formation des pilotes, Boeing rappelle avoir pris « trois mesures importantes en faveur de la sécurité et de la qualité » :

Alignement organisationnel : plus de 50 000 ingénieurs ont été regroupés au sein d’une seule et unique organisation qui comprend une nouvelle unité dédiée à la sécurité des produits et des services (Product & Services Safety) dans l’optique de fédérer les responsabilités en matière de sécurité à tous les niveaux du Groupe.

Réorientation culturelle : les ingénieurs disposent de pouvoirs renforcés pour améliorer la sécurité et la qualité. Le Groupe identifie, diagnostique et résout les problèmes avec un niveau de transparence et d’immédiateté accru.

Amélioration des processus : en adoptant des processus de conception de nouvelle génération, le Groupe se donne les moyens d’atteindre des niveaux de qualité plus élevés « dès la première fois ».

Autres réactions entendues hier suite à l’annonce de la FAA, celles des familles de victimes d’Ethiopian Airlines : dans un communiqué, elles ont exprimé leur « déception » après la décision de la FAA. « Notre famille a été brisée », a par exemple déclaré Naoise Ryan qui a perdu son mari, tandis que Chris Moore expliquait à Business Insider en regardant le cours de l’action de Boeing remonter : « c’est l’avion qui a tué ma fille. Il y a beaucoup d’actionnaires qui se rongent les ongles pour en finir avec ça afin de gagner plus d’argent ».

Le syndicat de pilotes ALPA aux USA, qui faisait partie de ceux contestant la nouvelle formation sur MAX, a évoqué dans un communiqué un premier pas « encourageant », tout en répétant que la FAA devait « continuer à adhérer aux hauts standards de supervision et de certifications » qui font l’objet d’un projet de loi à la Chambre des représentants. La nouvelle certification est vue comme « clé pour reconstruire la confiance du public dans l’aviation la plus sûre au monde ». (Air Journal)

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