ANAC : Formation « Savoir analyser les modèles d’affaires des compagnies aériennes »

Un séminaire de formation sur le thème : « Savoir analyser les modèles d’affaires des compagnies aériennes », s’est déroulé à l’ANAC du 25 février au 1er mars 2019. Cette formation a vu la participation du Directeur général et de son adjoint, du Directeur administratif et financier, du Directeur des affaires juridiques et d’autres collaborateurs  agissant sur différents aspects de certifications  des compagnies aériennes.

Monsieur Emile Christian BEKOLO, consultant-formateur et Expert-Comptable, a animé le séminaire. 

La formation avait  pour principaux objectifs de permettre aux participants de :

  • évaluer la pertinence des modèles et plans d’affaires des compagnies aériennes ;
  • évaluer la faisabilité des modèles et plans d’affaires des compagnies aériennes
  • examiner les mécanismes financiers et opérationnels des compagnies aériennes
  • analyser les facteurs liés à la dynamique du marché.

Elle a été marquée par trois phases : la planification de la mission, la réalisation de la formation et enfin l’évaluation de la formation.

A l’issue de la formation, des attestations de participation ont été remises.

Nous avons demandé des précisions à M. Bekolo :

M. BEKOLO, vous venez d’animer un séminaire de formation à l’ANAC sur le thème  « Savoir analyser les modèles d’affaires des compagnies aériennes ». Quels étaient les points focaux de cette formation ?

Il s’agit d’un séminaire de formation qui permet aux participants d’acquérir des techniques et des méthodes d’analyse des plans d’affaires des compagnies aériennes parce que les plans d’affaires sont assez complexes et ils intègrent à la fois des aspects techniques, opérationnels, commerciaux et financiers, donc c’est un ensemble qui doit être cohérent, et ce n’est pas toujours facile d’intégrer tous ces paramètres pour faire une bonne analyse objective et pertinente. Le but du séminaire était donc de donner une démarche d’analyse, leur donner une méthodologie et des outils d’analyse pour qu’ils puissent mieux apprécier les business plans qui leur sont donnés par les compagnies aériennes.

Quel intérêt le personnel de l’ANAC gagne-t-il à suivre cette formation, vu l’intitulé on penserait plutôt au personnel des compagnies aériennes …

L’ANAC dans ses missions est appelée à donner des autorisations aux compagnies aériennes et les contrôler également. Ainsi, ce séminaire a permis de mieux contrôler les compagnies aériennes, d’être plus objectifs, pragmatiques et de se poser les bonnes questions par rapport aux documents que les compagnies aériennes leur soumettent. Ce sont des documents qui sont à la fois de nature technique et financière.

Ce que je pense qu’ils ont dû apprendre dans ce séminaire, c’est s’assurer de la cohérence entre la technique et la finance. Les deux vont ensemble, et les analyses qu’ils font sur le plan technique doivent également avoir des liens avec les analyses financières et vice versa. On ne peut pas analyser financièrement sans avoir le point de vue de la technique et on ne peut pas également analyser sur le plan technique sans voir les répercussions financières. Ce séminaire permettait donc de leur donner des astuces ou des méthodes pour faire le lien dans leurs analyses qui peut être étaient souvent faites de manière séparée. Maintenant je crois qu’ils ont compris qu’il faut faire ça de manière intégrée, que technique et finance ça va ensemble.

Quel modèle d’affaires les compagnies africaines devraient-elles adopter si elles veulent être compétitives sur le marché international ?

Nous avons parlé de ça lors du séminaire. Les compagnies aériennes africaines ont beaucoup de problèmes par rapport aux autres compagnies aériennes du monde entier. D’abord parce qu’elles font face à des coûts de fonctionnement et d’exploitation très élevés à cause de leur environnement. Elles ont également un problème de marché qui n’est pas grand pour le transport aérien par rapport au reste du monde, il fait seulement 2% du trafic mondial. C’est vous dire que c’est vraiment très peu.

Or, c’est un des domaines où les investissements sont excessivement lourds, il faut donc avoir une bonne clientèle qui voyage beaucoup en avion. C’est le cas en Europe, en Amérique et en Asie.

Donc quand on nous compare au reste du monde, on est vraiment loin derrière.

En plus, on a un problème d’infrastructure, les aéroports ne sont pas souvent au bon niveau et les coûts d’exploitation toujours élevés. Je vous donne un exemple, pour atterrir à Londres, les coûts d’atterrissage pour un avion de 200 tonnes, c’est 500 USD, et pour atterrir à Nairobi c’est 1500 USD pour le même avion. Vous voyez qu’on a un problème de coût.

Les modèles d’affaires des compagnies aériennes africaines doivent intégrer le fait que les coûts d’exploitation sont très élevés, il faut donc trouver un moyen de les diminuer. Il y a un problème de taille également, plus on est petit, plus on paye tout plus cher, plus on est grand, plus on négocie des meilleurs prix auprès des fournisseurs.

Les modèles d’affaires des compagnies aériennes doivent aller dans le sens que les compagnies doivent se regrouper pour avoir des tailles critiques parce que tout seul on est tout petit et ça coûte cher ; et les marchés en Afrique sont retreints.

Nous encourageons en termes de modèles d’affaires, des modèles où il y a des regroupements et éviter que les gouvernements prennent trop de place dans les modèles d’affaires parce qu’avec leurs interventions, ils viennent parfois plomber les compagnies. Ce sont toujours des considérations politiques qui prennent le dessus sur les considérations économiques et de rentabilité etc. A long terme, ce n’est pas bien. Il faut que les compagnies aériennes africaines aillent de plus en plus vers des actionnariats privés. Il faut qu’il y ait le moins d’Etat possible, plus de privés possibles. Ces modèles-là doivent donc intégrer ces paramètres-là.

Quel est votre avis sur la formation, avez-vous eu l’impression d’avoir partagé quelque chose ?

Les participants sont mieux placés pour dire s’ils ont reçu quelque chose. Mais de mon point de vue, je pense que j’ai essayé de leur donner le maximum d’explications, d’informations, d’outils et de méthodologie. D’abord j’apprécie que le DG lui-même ait participé à la formation, ce n’est pas partout qu’on voit des DG qui s’assoient avec leurs collaborateurs, qui posent des questions, qui veulent comprendre, donc vraiment j’ai été impressionné par son attitude, il est très ouvert, il est conscient du fait qu’on n’arrête jamais d’apprendre – il y a des DG qui pensent qu’ils connaissent tout ! J’ai apprécié son humilité, ça m’a encouragé comme formateur, ça m’a stimulé et motivé. De manière générale, la participation des autres était très bonne. Ils ont posé beaucoup de questions, c’était ça le but. Et pour moi dans une formation, on pense toujours que ce sont les participants qui apprennent, mais parfois aussi l’animateur lui-même il apprend beaucoup. Ce qui a été mon cas. Il y a des questions qu’on me pose parfois aquxquelles je n’ai pas de réponse, et puis on trouve la solution ensemble. De ce point de vue-là, je trouve que le séminaire était un succès, c’était intéressant pour moi et j’espère que les participants aussi ont apprécié.

Ralph ASSEKO OBIANG, Chef de service études économiques et de la statistique à l’ANAC nous explique ce que cette formation lui a apporté :

Globalement, la formation a été satisfaisante. Elle a le mérite d’avoir apporté une vision globale de l’articulation des différents aspects du plan d’affaires.

Elle a ainsi mis la lumière sur le travail de supervision de l’ANAC notamment sur la délivrance et le suivi des licences d’exploitation (LE) qui constituent un des éléments phares pour se voir conférer le statut de compagnie aérienne au Gabon.

En effet, l’ANAC a mis en place un processus de certification des compagnies aériennes en cinq phases qui permet le passage des postulants en phase deux, suite à la démonstration de bonnes capacités juridiques, économiques et financières. Or, cette démonstration doit se faire de façon méthodique et sur la base d’une documentation précise notamment la transmission d’un modèle d’affaires par le postulant.

Ainsi, «Savoir analyser les modèles d’affaires des compagnies aériennes» revêt un caractère très important pour l’ANAC dans ce sens où cela permet de mieux contrôler les compagnies aériennes, et d’être plus objectifs dans le traitement des modèles d’affaires que les postulants soumettent.

Nous pouvons retenir que l’analyse des modèles d’affaires des compagnies aériennes s’apparente plus à un art bien qu’elle repose sur un ensemble de techniques et méthodes empruntés de différents domaines de la gestion. (rsm)

Publier votre commentaire