Air France-KLM : Ben Smith adoubé sauf par les syndicats

Le groupe Air France-KLM a nommé Benjamin Smith au poste de Directeur général (CEO), l’évolution de la gouvernance concernant la présidence non exécutive du groupe et d’Air France devant être décidée ultérieurement. Le Canadien a bénéficié du soutien de l’Elysée, mais les syndicats sont déjà vent debout et annonceront le 27 aout leurs prochaines actions.

Travaux d’Hercule, y compris le nettoyage des écuries d’Augias : les analogies ne manqueront pas pour décrire le travail qui attend l’actuel numéro 2 d’Air Canada. Benjamin Smith prendra ses fonctions chez Air France-KLM au plus tard le 30 septembre 2018. Dans l’intervalle, la gouvernance de transition mise en place le 15 mai reste en place : Anne-Marie Couderc, Présidente non exécutive du Conseil d’Air France-KLM et d’Air  France, et le Comité de Direction Collégiale du groupe continuent d’exercer leurs responsabilités. Dès son arrivée, Benjamin Smith prendra la direction générale exécutive du groupe et en déterminera l’organisation. Il sera chargé « en priorité de redynamiser Air France, de donner une profonde impulsion stratégique au Groupe, et de travailler avec les équipes à une nouvelle approche managériale ». Le Conseil d’administration réuni jeudi a décidé que Benjamin Smith sera nommé « dès que possible » administrateur d’Air France-KLM, avec le plein soutien de l’Etat français ; l’évolution de la gouvernance concernant « les missions et les modalités d’exercice de la présidence non exécutive d’Air France-KLM et d’Air France » sera annoncée dans les meilleurs délais, précise le communiqué du groupe.

Le groupe de l’alliance SkyTeam souligne que Ben Smith, actuellement Président Airlines et Directeur des opérations d’Air Canada, est un dirigeant « reconnu du secteur du transport aérien au plan international ». La présidente par intérim d’Air France-KLM Anne-Marie Couderc a déclaré : « L’arrivée de Benjamin Smith est une excellente nouvelle pour le groupe. Benjamin est un leader mondialement reconnu du secteur aérien qui a réussi la transformation d’Air Canada. Homme de dialogue, il a défini et mis en œuvre des accords historiques gagnant-gagnant de long terme avec les partenaires sociaux, au bénéfice des équipes d’Air Canada, et de toutes les parties prenantes. Benjamin Smith apportera sa connaissance profonde du secteur et son énergie pour renouveler le dialogue avec les équipes d’Air France-KLM autour d’une vision partagée, et pour mettre en œuvre une stratégie de conquête intégrant tous les enjeux de la concurrence. Homme de terrain, je sais qu’il s’investira avec succès dans les relations avec les équipes pour accroître le niveau de satisfaction des clients et la valeur des marques du Groupe ».

Le futur Directeur général d’Air France-KLM Benjamin Smith a déclaré : « Je suis plus qu’enthousiaste face à cette nouvelle mission. Air France et KLM sont deux très grandes compagnies aériennes, reconnues dans le monde entier pour le professionnalisme et l’engagement de leurs équipes. Je suis conscient que le Groupe fait face actuellement à des enjeux de compétitivité, mais je suis convaincu que les équipes de toutes les compagnies du Groupe ont tous les atouts pour réussir dans le grand marché mondial du transport aérien. Je suis très confiant dans la capacité du Groupe à devenir dans les prochaines années l’un des premiers acteurs mondiaux du secteur. Je souhaite gagner la confiance et le respect des équipes d’Air France-KLM pour que nous travaillions et réussissions ensemble dans cette industrie fortement compétitive et en évolution très rapide. La satisfaction des clients se joue sur tous les vols, tous les jours. J’aborde ce nouveau défi avec ma passion pour le secteur aérien et avec ma profonde volonté d’écoute de toutes les équipes au service de la mission ambitieuse que m’a fixée le Conseil d’administration. J’ai consacré toute ma vie professionnelle à cette industrie. Je suis convaincu que les équipes du Groupe Air France-KLM sont ses meilleurs atouts pour le futur succès du Groupe. Je crois avoir développé des relations de confiance très solides avec mes collègues d’Air Canada pendant ces vingt dernières années et je suis impatient de rencontrer les équipes d’Air France-KLM en septembre pour m’engager à leurs côtés. Je tiens à remercier le Conseil de me faire confiance pour cette mission ».

Côté réactions positives, le gouvernement français a salué cette nomination qui était soutenue par l’Etat, détenteur de 14% du capital du groupe et de 23% des voix : ce recrutement « marque le choix d’un grand professionnel du transport aérien, dont le parcours témoigne d’une connaissance approfondie du secteur à l’échelle internationale et de grandes qualités managériales, lesquelles ont conduit à la transformation réussie d’Air Canada. C’est une chance pour Air France-KLM d’attirer un dirigeant de cette dimension qui dispose d’une importante expérience acquise au cours des 19 dernières années passées chez Air Canada, d’un sens du dialogue et d’une grande capacité de transformation ». Benjamin Smith « bénéficie de la pleine confiance de l’Etat et des principaux actionnaires d’Air France-KLM pour rétablir le dialogue social et pour mener à bien les grands chantiers de transformation qui permettront au groupe de relever les défis du développement, de la compétitivité et de la concurrence internationale », ajoute le communiqué. Chez KLM Royal Dutch Airlines, le président Pieter Elbers a félicité Ben Smith pour sa nomination et lui souhaite « le meilleur des succès. Suite au départ de Jean-Marc Janaillac en mai, il est bénéfique pour le groupe que nous ayons désormais de la clarté sur le nouveau CEO. Avec une grande confiance, je suis impatient de travailler avec lui et de relever ensemble les défis auxquels le Groupe AFKL devra faire face à l’avenir ». Air Canada a de son côté annoncé que Benjamin Smith quittera son poste le 31 août pour prendre la direction « d’une société aérienne mondiale établie en Europe » : « Nous souhaitons à Ben beaucoup de succès dans ses projets et le félicitons de sa nomination. Au nom de notre Conseil d’administration, de notre équipe de la haute direction et de nos 30.000 employés, je remercie Ben pour son apport considérable dans le cadre des diverses fonctions qu’il a occupées à Air Canada au cours des deux dernières décennies », a affirmé le PDG Calin Rovinescu. « Plusieurs architectes ont contribué à la grande réussite de la transformation d’Air Canada et nous comptons sur une équipe de direction solide et chevronnée, qui continuera de réaliser nos ambitions sur la scène internationale, d’atteindre nos objectifs et de stimuler notre rendement opérationnel de manière durable », a-t-il ajouté.

En France, la réaction de l’intersyndicale responsable de quinze jours de grève au premier semestre avait précédé l’officialisation de l’arrivée de Ben Smith : dans un tract publié hier matin, neuf syndicats (le nom du SPAF n’apparait pas) représentant l’ensemble des corps de métiers d’Air France expliquant qu’il est « inconcevable que la compagnie Air France, française depuis 1933, tombe dans les mains d’un dirigeant étranger dont la candidature serait poussée par un groupe industriel concurrent (Delta Airlines pour ne pas le citer) ». Dans un contexte où « chaque pays cherche à défendre âprement ses intérêts économiques et ceux de ses entreprises, où la présidence Trump montre elle-même avec quelles armes la guerre économique va se mener, le choix d’un candidat doit se porter sur la défense des intérêts de notre compagnie nationale ». L’intersyndicale dit ne pas attendre « une femme ou un homme providentiel, mais un dirigeant responsable ayant une connaissance fine à la fois du modèle social français mais aussi de la position d’AFKLM vis-à-vis de ses concurrents européens. Ce futur dirigeant devra enfin proposer des projets fondés sur la haute qualité de service vantée par nos passagers et sur l’expertise et la motivation des salariés d’Air France ». Et elle prévient qu’après ces « huit mois d’errance sans dialogue puis sans gouvernance », elle reste vigilante et tiendra une réunion le 27 aout « afin de déterminer les actions qu’elle mènera dès la rentrée afin d’obtenir la fin du blocage des salaires qu’elle dénonce depuis des mois ». On remarquera que Ben Smith ne sera pas encore en poste à cette date, et que nul ne sait quand les détails de la nouvelle gouvernance seront révélés en particulier à la tête d’Air France.

Rappelons que les syndicats de pilotes (SNPL, SPAF, Alter), du personnel au sol (CGT, FO, SUD) et d’hôtesses de l’air et stewards (SNPNC, UNSA-PNC, CFTC, SNGAF) réclamaient avant de suspendre leur mouvement une augmentation générale des salaires de 5,1% dès 2018 (plus 4,7% supplémentaires pour les pilotes), avec +3,8% au 1er avril (rattrapage d’inflation 2012-2017) et +1,3% en octobre (inflation prévisionnelle de 2018). Ces revendications auraient été abaissées durant les négociations avant le CCE du 14 juin, à une hausse des grilles de salaires de 4% en 2018 et du montant du niveau de l’inflation en 2019 (hors avancement automatique). En face, Air France avait officiellement revu à la hausse l’augmentation de 1% qui n’avait été signée que par deux syndicats (CFDT et CFE-CGT représentant 31,3% des voix du personnel) : sa proposition d’accord portait sur une augmentation générale de 2% en 2018, assortie d’un seuil minimum de 25 euros par mois, puis une autre augmentation générale de 5% pour 2019, 2020 et 2021 (1,65% par an), assortie d’un seuil minimum de 40 euros par mois. Les salaires seraient selon la direction ainsi augmentés de 12,5% en moyenne sur la période (comprenant une augmentation générale de 7% pour toutes les catégories de personnel et les augmentations individuelles/GVT) ; mais ce « pacte de croissance » prévoyait d’adapter l’augmentation dans le cas où le résultat d’exploitation d’Air France serait inférieur à 200 millions d’euros, et d’appliquer une clause de revoyure en cas d’inflation plus élevée ou de résultat négatif. Le rejet par 55% de l’ensemble du personnel de ces propositions avait entrainé en mai la démission du PDG d’Air France-KLM Jean-Marc Janaillac. Les grèves successives ont coûté environ 350 millions d’euros au groupe.

Benjamin Smith selon AFKLM :

Ben Smith a débuté sa carrière en 1990 chez Air Ontario en parallèle de ses études et a créé, en 1992, sa propre société de voyages pour les entreprises. Il a mené avec succès cette expérience entrepreneuriale pendant 8 ans. En 1999, il a en parallèle pris un rôle de conseil pour Air Canada pour finalement rejoindre le groupe en 2002. Depuis son arrivée, il y a occupé plusieurs postes à responsabilités : successivement Chief Commercial Officer, Directeur de la Planification du Réseau avant d’intégrer en 2007 l’équipe de direction exécutive d’Air Canada. Au cours de sa carrière, il a développé de solides compétences de management, de stratégie, de gestion des relations sociales, de marketing, de gestion financière et opérationnelle.

Ben Smith a été en particulier l’artisan du développement et de la modernisation d’Air Canada. Il a défini et mis en œuvre la stratégie de transformation d’Air Canada au cours des dix dernières années, mis en place le projet d’expansion du réseau du Groupe Air Canada à travers le monde et renouvelé profondément la flotte en termes de nombre d’appareils et d’efficacité énergétique. Dans le cadre de ses responsabilités, il a par ailleurs redéfini la stratégie de hubs d’Air Canada avec trois hubs majeurs en fonction des marchés de la compagnie. Benjamin Smith est également à l’origine d’Air Canada Rouge, la marque low-cost d’Air Canada qui est particulièrement performante au niveau international. Benjamin Smith a été particulièrement engagé dans le dialogue social au sein d’Air Canada. Il a personnellement dirigé avec la Direction des Ressources Humaines les négociations collectives avec les syndicats. Ces négociations ont mené à la conclusion d’accords historiques de long terme gagnant-gagnant pour la compagnie, les salariés et toutes les parties prenantes.

En 2014, il est nommé President Airlines (Air Canada, Rouge, Express, Cargo) et Chief Operating Officer du Groupe Air Canada. Il a assumé la responsabilité générale des affaires commerciales, de l’exploitation, du service à la clientèle pour le Groupe. Il a dirigé également la stratégie et la performance opérationnelle et financière d’Air Canada. (Air Journal)

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